Publié par Palilia

Désirée, épicière et marchande de journaux dans le petit village de Surdilandie, langue longue et poils au menton, a reçu dans ses colis un exemplaire des Fourberies de Scapin. Ca ne l’intéresse pas, elle le donne à Amédée qui est venu s’acheter un paquet de tabac gris avec des feuilles pour se rouler les cigarettes, pour qu'il se « culture » comme elle dit… car en plus de dire des âneries, elle les dit mal.

 

Mais il l’a lu le livret Amédée et il trouve que ce Scapin est loin d’être bête. Il se voit à sa hauteur, rusé et méritant. Il avise Gontran et lui en lit un passage.

 

Amédée lisant « les Fourberies de Scapin »: à vous dire la vérité, il y a peu de choses qui me soient impossibles quand je veux m’en mêler.

 

J’ai sans doute reçu du Ciel un génie assez beau pour toutes les fabriques de ces gentillesses d’esprit, de ces galanteries ingénieuses à qui le vulgaire ignorant donne le nom de fourberies, et je puis dire sans vanité qu’on n’a guère vu d’homme qui fut plus habile ouvrier de ressorts et d’intrigues, qui ait acquis plus de gloire que moi dans ce noble métier : mais, ma foi, le mérite est trop maltraité aujourd’hui et j’ai renoncé à toutes choses depuis certain chagrin d’une affaire qui m’arriva ».

 

Gontran : j’ai rien compris, tu lis trop vite, recommence une phrase après l’autre.

 

Amédée, fort patient tout à coup, recommença trois fois.

 

Gontran : hilh dé clouque ! On dirait bien que ça te ressemble cette affaire : à tous les coups elle te l’a donné tout exprès pour se moquer de toi

 

Amédée : bah per Diu ! Elle est trop bête, tè ! « ouvrier de ressorts et d’intrigues »… en voilà un beau métier ! Et c’est bien dit ! « ou-vri-er de ressorts et d’intrigues ».

 

Gontran : hé bé c’est son anniversaire demain, si on lui faisait un poème d’intrigues ? Comme la grenouille qui voulait péter plus haut que…

 

Amédée : tais-toi ! On nous lit… on va la lui faire à son image tè ! Ça c’est une bonne idée...et le voilà prenant une feuille de papier pour faire un brouillon, léchant consciencieusement la mine du crayon à papier qu’il a taillée avec son opinel..

 

« Bon anniversaire Désirée

 

Une vieille grenouille aux yeux avides et globuleux passait son temps à hoqueter à faire fuir tous les crapauds.

 

Elle vit paître dans un champ le gros taureau d’un paysan qu’elle mirait en lançant son « doux » chant.

 

A peine plus grosse qu’un œuf, jalouse, elle s’étira en largeur et mangea comme quatre pour égaler l’animal en grosseur disant « coucou ! Dites-moi, n’y suis-je point encore ? »

 

« Bah » répondit le bovin.

 

« et là, comment ça va ? »

 

Amédée, mort de rire à l’idée de ses propres turpitudes, pleurait de joie, s’imaginant Désirée bombant encore plus la poitrine.. si toutefois c’était possible.

 

« j’y suis pas ? »

 

« Non mais ça va pas ? » s’esclaffa le bovin

 

La grenouille prise d’une colère sans nom s’enfla tout à coup si bien qu’elle en creva ! Goupil passant par là en mangea les morceaux sous l’oeil épais et froid du taureau qui s’éclipsa .

 

Moralité : au lieu de vouloir t’étirer la panse, commence par améliorer ton apparence ».

 

Gontran : oh là, tu y vas fort, elle va comprendre que c’est pour elle.

 

Amédée : celle-là je me la rumine depuis le coup de la bise sous le gui. Crois-moi, je ne laisserai pas passer cette vengeance.

 

Il recopia son « poème » sur du papier fané, l’aspergea de Gigivenchy qu’Adhémar lui avait offert à Noël et alla le porter à Désirée.

 

Croyez-le ou non, le lendemain il eut droit à une autre bise devant tout le magasin !

 

S’essuyant la joue sans relâche, Amédée revint chez lui se consoler avec un verre de vin rouge pour rincer cet affront. Il fulminait ! En guise de fourberie « l’ouvrier de ressorts et d’intrigues » s’était bien fait avoir : la gueuse avait pris ça pour un compliment… il n’y comprenait plus rien.

 

Gontran quant à lui prétexta un fort mal au ventre pour aller rire tout son saoûl chez lui. Perrette promenant en poussette ses jumeaux, entendant ces gloussements tout à fait inhabituels provenant de chez Gontran, alla se faire expliquer la chose et on entendit son éclat de rire carrillonner dans tout le hameau de Surdilandie.

 

Sous l’oeil vengeur de Claude GIRAUD alias Morgan- Jacques de Ste Hermine – Philidor Judet, Honteux et confus, Amédée jura mais un peu tard qu’on ne l’y prendrait plus.

Les fourberies d'Amédée (8e épisode)
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Velofan 16/08/2017 21:28

Tu racontes toujours aussi bien les histoires... En plus, on s'imagine presque voir les personnages et entendre l'accent.
Le soleil est revenu (il est bien temps, mes vacances sont finies depuis longtemps) mais c'est supportable. Et nous sommes chanceux, nous n'avons pas ces terribles incendies.
Bonne soirée à tout le monde.

Palilia 16/08/2017 21:55

le soleil reviendra chez nous demain je pense avec des nuages sur la montagne. Rien qu'à l'idée de reprendre lundi, je suis empreinte d'une grande lassitude.